des noeuds dans mes cheveux

11 avril 2017

Les bien-portants et les patients

Je m'interroge sur les relations patient / bien portant 

Pour le patient, ce n'est pas facile à gérer. Il faut trouver en soi la force de ne pas envahir les proches avec notre souffrance, d'accepter la remise en question, et la patience de supporter les traitements, la force d'affronter la mort, sa mort et la souffrance qu'elle va produire dans le cœur des proches (on espère être regretté et on redoute de faire souffrir) et tous les chamboulements qui vont avec la disparition.

Et dans le même temps, les proches sont (souvent ?) dans le déni pour se rassurer eux-même. "Mais non tu n'es pas malade. Ce n'est pas si grave. Ça va bien se passer. Mais non tu ne vas pas mourir ... Tu seras bientôt guéri ..."

Ils ont du mal à réaliser car personne ne leur explique. Et la maladie comme la mort sont tabou. Ou alors il faut leur expliquer en large et en travers. Ou encore, ils croient savoir parce qu'ils connaissent un cancéreux. Mais chaque cas est unique.  Même mon oncologue ne peut rien prédire ...
Ils peuvent prendre le luxe d'oublier la maladie pendant que le patient doit y penser à chaque prise de médicament, chaque consultation, chaque prise de sang, chaque scanner ...

Il y a aussi les conseilleurs : tu devrais aller voir tel thérapeute de médecine parallèle. Tu devrais manger cela, arrêter ceci, pratiquer la méditation, la visualisation ... Ça part d'un bon sentiment. Mais moi, je voudrais passer à autre chose. Je voudrais que ma vie arrête de tourner autour de la maladie.

 

Et puis, il y a le problème du temps qui passe différemment. Je vis au rythme des traitements. Les actifs vivent de vacances en vacances, au fil des saisons ... On est parfois (souvent ?) en décalage avec son mari et ses enfants.

Parfois je ne peux pas donner de nouvelles pendant des jours quand les actifs répondent dans la journée ...

Même ma journée ne suit pas le même rythme. J'ai la pêche en fin de journée uniquement. Difficile de préparer le repas de midi ...

 

J'ai parfois l'impression que les bien portants se croient supérieurs parce qu'ils ne sont pas malades. Comme s'ils détenaient les clefs. Mais comme dirait Jules Romain dans sa pièce de théâtre Dr knock : "tout bien portant est un malade qui s'ignore". Et personne ne peut dire que mon cancer est dû à mon comportement alimentaire ou autre. J'ai toujours fait attention. Je n'ai aucun remord. Et jusqu’à preuve du contraire, ma façon de vivre n’est pas pire que la leur …

 

J'ai aussi l'impression de devoir consoler les bien portants. De toute façon ils ne savent pas consoler car ils ne sont pas passés par là. Ils sont souvent à côté de la plaque.

Ils nous réduisent à une pathologie. Mais non ! Ma vie ne se résume pas à la maladie ! Ce n’est pas mon identité.

 

Bref ! Le principal atout des bien portants est de nous rattacher à la vie. De nous faire une place dans la vie, pas dans la maladie. 

Et de croire en nous et en nos chances de guérison mais de façon lucide pas façon méthode Coué ("je vais bien tout va bien" repris par le célébrissime Dany Boon)

 

J'ai moi aussi été une bien portante. Et moi aussi j'ignorais ce que vit un cancéreux. J'ai vu ma grand-mère passer par là. Mais elle n'est pas passée par la chimio.

Je ne m'informais pas parce qu'on ne peut pas s'informer de toutes les maladies ! Sinon on deviendrait hypocondriaque ou médecin ...

Quand ça m'est tombé dessus (Si si, c'est bien ce que je ressentais), je m'imaginais ça comme une petite mort. Je m'imaginais passer des journées et des nuits à l'hôpital loin de ma famille. Je m'imaginais la chimio comme une longue traversée du désert en plein mer agitée. J'imaginais une gastro géante et me sentir hors de moi. J'espérais perdre du poids et de la poitrine, tout ça en 6 mois. 

Et les cheveux ... Changer de tête contre ma volonté ... Me perdre un peu. Raser mes cheveux et faire table rase de ma vie, de mon identité ...

C'était un peu vrai, un peu exagéré et un peu optimiste. C'était oublier tous les à-côtés, toutes les complications, tous les autres effets secondaires, toutes les fatigues ...

C'était aussi oublier la vie qui continue, les projets qu'on peut faire malgré tout, les bons moments qu'on s'accorde entre deux traitements.

 

J'ai rencontré plusieurs types de réactions :

- ceux qui sous estiment la gravité de la maladie et les difficultés que vous rencontrez. C'est tellement courant un cancer ... Ils connaissent quelqu'un qui s'en ait sorti et qui n'a pas eu trop d'effets secondaires. Et ils pensent que le traitement du cancer c'est plus ce que c'était avant ... Maintenant c'est de la rigolade. (Mouais ! On en meure moins ou moins vite, mais on traine plus longtemps de traitement en traitement pénibles). Ou aussi, ceux qui n’imaginent pas que les traitements puissent durer aussi longtemps : « C’est pas encore fini ? Mais je croyais que c’était du passé. »

- ceux qui ne se rendent pas compte de la fatigue de l'épuisement qui nous handicape. Ils voudraient qu'on cuisine pour eux, qu'on leur donne notre CV, qu'on aille les voir à 80 km de chez nous .... (Non, mais je t’explique : je mange, je me recouche, je vais aux toilettes, je me recouche. Comment veux-tu que je travaille ?)

- ceux qui croient savoir parce qu'ils connaissent une personne qui ... Et savent tout mieux que vous (dans leur imagination) Et qui oublient que chaque cas est unique et qu'il y a beaucoup de cas de cancers différents rien que pour le cancer du sein (> 50).

- ceux qui demandent et toi comment tu le vis ? Tu en es où ? (Mes préférés car ils s'intéressent à la réalité et cherchent à être lucide)

- ceux qui nous plaignent parce qu'ils nous voient déjà morts. (Merci de repasser plus tard).

 

Et vous dans quelle catégorie vous vous situer ? J’ai ma petite idée : si vous êtes passé par ici, c'est surement pour ouvrir une fenêtre sur la réalité …

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10 avril 2017

FOIE : Xeloda - semaine 9

Jeudi 

Beaucoup de hoquets depuis 3 jours 

Je ne prends pas de compléments alimentaires depuis 2 jours. Ça va doucement. Je vois une copine et je fais un saut à la pharmacie. J'ai même le courage d'aller acheter des œufs. Pour une deuxième semaine de traitement, c'est inespéré !

 

Vendredi 

KO. Je reprends un complément alimentaire.

Je vais mieux à partir de 16h ...

Une insomnie de 2 h de 3h30. Je mange un gâteau et je bois.

 

Dimanche

Fringale de jus de fruits.

J’attaque la semaine de pause, mais il faut 2 ou 3 jours pour reprendre le dessus.

J'émerge à 15h après être tombée de sommeil sur mon orange au dessert.

20 min de Wii

 

Lundi 

Marche de 30 min. Je progresse : 1,5 km d'après Google.

 

Mardi

Je calcule le temps qu’il faudrait pour que le CA15 (le marqueur sanguin) revienne à la normale (<25) si la diminution continue au même rythme. Oui, je sais, c'est un peu utopiste, mais on peut rêver …

1iere série 1500 -=> 900

2ième => 540

3ième => 324

4ième => 195

5ième => 117

6ième => 70

7ième => 42

8ième => 25

7x6 semaines = 42 semaines = 10 mois => février prochain.

Bon, il faudrait tenir compte des plaquettes (130) qui diminuent et risquent de passer sous la barre des 100. Et aussi de l’effet d’accoutumance qui risque de diminuer l’efficacité du Xeloda.

Mercredi 

Je n'aurais pas dû manger des oignons. Ça me brûle. Vite un petit verre d'aloé véra.

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09 avril 2017

Foie : Xeloda - semaine 8

 

Jeudi 

Tai chi débutants. Je tiens presque tout le cours. Super ! 

Vendredi 

Prise de sang. Je demande à utiliser la petite veine du milieu et non pas celle utilisée pour le scanner. Pas de chance, l'aiguille touche un nerf. C'est douloureux comme des décharges électriques !

Samedi

Mes lèvres pèlent. Ça me rappelle l'Afinitor. J’espère que ça se calmera plus vite …

Je mange 2 lichettes de roquefort. Et ça passe sans brûlure.

32 min de Wii

Dimanche

Matin au lit. Grosse fatigue toute la journée.

Lundi 

Matin au lit 

La tête qui tourne jusqu'en soirée. Un peu comme une navigation par temps calme : pas de grosse vague mais le pied n'est pas sûr. Pourtant mes muscles répondent bien. 

Visite chez l'oncologue : le scanner n'est pas facile à lire. Les zones atteintes ont changé de texture. Elles ressemblent à des zones de cirrhose ...

Pourtant les marqueurs diminuent bien. On attend pour refaire un scanner. Et on continue le Xeloda (enfin, son générique mais le nom est tellement long …).

L’oncologue me dit d’essayer d’arrêter les compléments alimentaires parce que je ne suis pas « maigre maigre ». Mouais, si je n’ai plus de force, ça va pas le faire … Il accepte de me refaire une ordonnance.
Il me confirme que ça me suffit de prendre une demi dose d’antidépresseur. Du moment que ça résout mon problème, pas besoin d’en prendre trop.

Plus tard, si je continue à bien supporter le traitement (avec compléments et antidépresseur), on augmentera les doses tout doucement.

Lundi 27

Une fringale à 0h30 !
Au bout d'une demi-heure, je descends à la cave chercher des gaufrettes nature (salées).


Mardi 

Je suis toute décalée. Je mange à 14h. Je fais de la wii à 19h ... Et je m'endors à 0h30.

Mercredi 

J'essaie de me lever plus tôt mais à 8h30, ça tourne en position assise. 

L'après-midi je conduis jusqu' au village voisin : 10 min. Il était tant que j'arrive. Ma tête est toute embrouillée.

Je m'interroge sur les bienfaits de la maladie. Ben oui, le yin et le yang, les deux faces de chaque médaille. J'aime bien regarder la face positive. Elle m'aide plus à avancer que la face négative. Tout est question de regard. Tout dépend de notre regard. 

Positivement je suis positiviste !

La maladie ne nous laisse pas le temps d'avoir peur d'oser. Alors on fonce pendant qu'il est encore temps. Et on se déleste de ce qui n'a pas tant d'importance.

Non, je ne crois pas que la maladie peut être une chance, mais c'est un aléa qu'on ne peut pas ignorer alors on s'adapte. Il nous oblige à fonctionner différemment, il dévoile des parties de nous qui était cachées aux autres. On ne devient pas courageux, on l'était déjà avant mais ça ne se voyait pas.

La maladie est une nouvelle branche de notre arbre de vie. Et on l'intègre comme un des éléments qui nous construisent, puisqu'on ne peut pas faire autrement sans casser l'arbre.

grand arbre tordu 2

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07 avril 2017

Foie : Xeloda - semaine 7

Jeudi 

Je vis normalement sans faire de sieste. Je marche 35 min : un record par rapport aux dernières semaines.

Mes articulations des jambes sont un peu douloureuses. 

Je m'astreins à faire les exercices de kiné pour les bras. J'ajoute un exercice de danse : jambes pliées écartées et parallèles, dos plat à l'horizontal bras tendus sur les côtés pendant 8 temps.

Les 8 temps suivants, dos rond et mains qui vont chercher derrière entre les jambes.

Je commence à ressentir les effets : en voiture je me tiens plus droite.

Vendredi 

Prise de sang. L'infirmière me coince la peau dans le garrot. Aïe ! Il me reste deux points égratignés.

Voiture + resto 

Je vais chercher mon fils en voiture. Je pars 1 h plus tôt pour faire quelques courses. Je sais ce que je veux, j'optimise mon temps : 5 magasins. Mon fils veut aussi faire un magasin. J’en profite pour faire une dernière course. Total : 7 magasins ! Je vais beaucoup mieux !

Samedi 

Après-midi shopping, véhiculée par une copine (Vivent les copines ! Je n’aurai pas osé prendre l’autoroute dans mon état fluctuant). J'ai la pêche ! Je trouve plein de belles choses et notamment des décolletés voilés de dentelle qui cachent mon PAC. Et oui, je n'y pense plus à ce corps étranger mais il est toujours là bien visible ...

Même si je retrouve des forces, mes gestes sont de plus en plus maladroit. Je les maîtrise moins bien et je manque de précision. Ce n'est pourtant pas ma vue qui baisse, de ce côté-là, j'ai vu pire (plus flou, en double ...)
Ça ne m'empêche pas de crocheter. Ouf !

 

Dimanche

Les résultats de la prise de sang m'autorisent à reprendre le Xeloda même si mes plaquettes diminuent encore.

La tarte à l'oignon d'hier, c'est une voie rapide pour le transit ! Zim zim ...

Au goûter 2 aspics et une tranche de gelée. Oui c'est salé mais j'adore ça. Et à vrai dire la gelée c'est beaucoup d'eau. C'est parfait contre la sécheresse de la chimio ...

Je profite du soleil et je marche une demi-heure.

Lundi 

Je marche une demi-heure 

 

Mardi 

Barbouillée en fin de matinée 

 

Mercredi

Pas le courage d'aller au marché.

Scanner. Je ne demande pas à voir le radiologue : j'ai la flemme d'attendre un certain temps. Mon oncologue m'expliquera tout lundi.

Moins de retard que prévu et je ne loupe pas le train direct. Super.

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26 mars 2017

Passage d'un pervers narcissique dans ma vie professionnelle - 4ième partie - fin

A cette époque, nous changions régulièrement de DSI (directeur des services informatiques). J'ai eu l'occasion d'écrire une application sur un nouveau langage informatique (le JAVA). J'ai pu utiliser mes connaissances universitaires et montrer que j'étais tout à fait capable.

Quand mon deuxième enfant s'est enfin annoncé, j'ai d'abord caché ma grossesse aux chefs mais j'ai mis mes collègues femmes dans la confidence. Je ne voulais pas qu'on brise tous mes efforts pour m'impliquer sur les nouvelles technologies.

J'ai pris mon courage à deux mains et je suis allée voir le directeur pour lui dire que je ne voulais pas être mise au placard une nouvelle fois. Il m'a répondu qu'il avait bien entendu le message mais qu'il ne pouvait être sûr de l'organigramme 6 mois plus tard.

En effet, quand je suis revenue de congés maternité, un nouveau DSI était là et il avait pour mission de réorganiser en profondeur les services informatiques.

La vizirette (toujours sous emprise) avait profité de mon congé maternité pour devenir vizir à la place du vizir qui essayait de devenir calife à la place du calife. Sous la pression du petit vizir, elle avait accepté de renoncer à un troisième enfant pour avoir le poste. Avoir la vizirette comme chef et comme grand chef le petit vizir, là non, c'en était trop.
J'ai dit et répété comme une menace "Si ça se passe mal, je prends un congé parental à temps complet et je cherche du travail ailleurs". Cette solution de repli me donnait beaucoup de force et de courage. Merci à L. ma collègue de l'avoir répété aux bonnes personnes.

Le DSI voyait chaque employé en entretien. Quand ce fut mon tour, j'ai expliqué que je n'avais pas les mêmes méthodes de travail que la vizirette, que nous n'étions pas compatibles et j'ai parlé du harcelement du petit vizir en disant que ça allait mieux et que je n'étais pas sûre que le petit vizir soit conscient de son comportement. le DSI a tiqué et a affirmé "Il ne faut plus que vous travailliez ensemble. On va vous trouver un autre poste."

Il m'a proposé un poste de chef de projet dans une autre équipe (une promotion). Et il s'est engagé à remonter les salaires féminins sur plusieurs années. Oui, nous étions payées 10% de moins que le moins bien payé des mecs ! Une coïncidence parait-il ...

Le petit vizir a fait des pieds et des mains pour me garder. Il m'a promis un poste (vide d'après ma petite enquête). Il a soutenu que j'étais indispensable (tiens donc !). Mais J'avais tout documenté avant de partir en congés maternité, et je l'avais bien précisé au DSI. Il a réussi à gagner quelques mois.

Dès sa prise de fonction, la vizirette a craqué : une grosse dépression avec anorexie et tendance suicidaire. La vizirette était lessivée !

Il m'utilisait pour lui rajouter de la pression en me confiant ses dossiers ... J'ai tenté de clarifier la situation mais .... elle était déjà partie en arrêt maladie. Elle ne mangeait plus, ne dormait plus ...

Le plus étonnant est qu'elle a accusé un service client d'être la cause de son burn out et elle a continué à le voir avec des yeux de merlans frits.

Aujourd'hui, je me demande s'il ne l'a pas poussé à bout pour m'obliger à rester. Il me l'a d'ailleurs proposé. Je n'ai pas voulu profiter de la situation. Je trouvais ça plus élégant de partir dans un autre service. Et puis comme je l'ai dit à la crème des chefs, "Je ne voulais pas y laisser ma peau". Fuir ce genre de personne est la meilleure solution.

Pendant 3 mois, nous avons dû compenser son absence. Nous étions tous épuisés. Le petit vizir "s'amusait" à changer mes plannings comme si j'allais rester dans son équipe, alors que j'attendais mon nouveau poste. Mes collègues se tournaient vers moi pour prendre les décisions nécessaires. Mais je leur répondais que je n'étais pas payé pour être chef de projet. Officiellement le petit vizir assurait l'intérim en plus de son nouveau poste.

En décembre, épuisée, je n'arrivais pas à résoudre un bug dans le programme le plus complexe de notre application. Je chantonnais inconsciemment depuis des jours "I send a SOS to the word" de Police et "Tous les cris des SOS" de Balavoine.
Un autre air hantait cette période aussi "Avant que j'm'en aille ... Jouer à qui perd gagne" issus de Des attractions désastres de Etienne Dao.

J'ai fini par envoyé un mail de SOS un jeudi matin. J'ai trouvé la réponse le lundi matin suivant dans ma boite mail. Ca commençait par "Dans la mesure où ... " et terminait par l'ordre de venir travailler le mercredi (j'étais en congés parental à 80% donc pas payé pour travailler le mercredi). Il me reprochait entre autre d'être partie à l'heure le vendredi pendant que mes collègues faisaient des heures supp ... Il les avait bien mis en copie, histoire de nous diviser ... Tout le contenu courrier en lui-même était une preuve de harcèlement.

Là, j'ai craqué. Impossible de m'arrêter de pleurer pendant une heure à la machine à café devant tous ceux qui passaient par là et à qui j'expliquais qui m'avait mis dans cet état. L'assistante de direction a fini par me prendre dans son bureau pour que je me calme. J'ai ensuite appelé le médecin et passé une heure ou deux à imprimer tout ce qui pourrait me servir pour me défendre. J'ai passé de très mauvaises vacances de Noël à rédiger une réponse. Une amie a relu la 6ième version et m'a aidé à la finaliser (Merci encore à elle). Elle m'a conseillé de terminer en rappelant que j'attendais toujours mon nouveau poste.
Dès mon retour de congés (maladie puis congés payés), j'ai envoyé ma réponse à TOUTE la hierarchie  + la RH + mes collègues qui étaient déjà en copie. J'ai aussi fait des copies "pour m'excuser de mon comportement peu amical" au près de certains collègues.

J'ai été convoqué avec le petit vizir par le DSI. Devant le DSI, le petit vizir me disait d'une voix mielleux, presque sirupeuse "Mais je ne cherche pas à te faire de mal" (Dans ma tête : cause toujours ...). J'ai soutenu en toute honnêté que je n'avais pas eu le temps de terminer une tâche parce qu'il m'avait demandé d'en faire 3 autres en plus. C'est lui qui avait fait les évaluations de charge, il ne pouvait donc pas me reprocher quoique ce soit. Je ne pouvais pas être au four et au moulin.
D'ailleurs, mes collègues avaient travaillé à deux pour finir mon travail, preuve que ce n'était pas si simple et si rapide ...

J'ai pris mon nouveau poste 2 mois plus tard.

Mon nouveau chef s'est étonné de voir mon lapin martyr, un cadeau d'une grande marque que j'avais laissé sur mon bureau pour lui tordre le cou et lui planter les ongles dans sa tête remplie de petite billes ... mon défouloir que j'ai pu rangé quelques mois plus tard.

J'ai passé mon entretien annuel (vous savez celui où on fait le bilan et on fixe de objectifs, celui où il faut demander une augmentation ...) avec mon ancien chef et le nouveau. Et le vizir n'a pas eu honte, devant témoin, de chercher encore une fois de me monter contre une collègue en insistant lourdement pour que j'aille lui dire un truc qui l'aurait fâché (j'ai oublié quoi). De guerre lasse, j'ai cédé en façade sachant que je n'en ferai rien car ça ne servirait qu'à me la mettre à dos alors qu'on se soutenait depuis des mois envers et contre lui.

Fin de l'histoire : Il est devenu calife à la place du calife. 
Mais bizarrement (ou pas), les derniers temps il ne s'occupait plus des humains. Il n'avait en charge que les sous ...

La vizirette a demandé plusieurs fois à changer de service (quand même). Après un échec dans un autre service, elle a demandé à venir dans le mien. Et mon (nouveau) chef a accepté ! Je l'ai prévenu que je refusais de la former une fois de plus.
Mais rien que de la voir en face de moi et d'entendre sa voix grinçante ... Grrr ! C'était un comble. Le comble de la vizirette ! Bah ! Elle serait plus à plaindre qu'autre chose ... elle qui se voyait comme "un bon petit soldat", elle qui lui obéissait au doigt et à l'oeil les yeux fermés.

Puis l’entreprise a succombé à un redressement judiciaire pour d'autres raisons. Et j'ai définitivement été débarrassée du petit vizir et de la vizirette.

 
Mon regard aujourd'hui :

Voilà ! Moi qui pendant des années pensais être nulle, j'ai envie de m'applaudir. Bravo ! Bien joué ! Tu as été forte, courageuse, subtile, honnête, entière, créative. Tu as su rester toi-même. Tu peux être fière de toi.

Mais je pense que j'aurais dû partir, chercher du travail ailleurs, fuir et ne pas m'infliger tout ça. Parce que tout ça m'a usée et j'ignore jusqu'à quel point.

D'un autre côté, peut-être avais-je besoin de tout ça pour grandir et mûrir ?

Maintenant, il ne me reste "plus qu'à" faire le tri et une visite à la déchetterie ou un grand feu de tous les documents que j'ai gardé au cas où ... 

Vous vous demanderez peut-être pourquoi je suis restée ? Parce que je trouvais ça injuste de devoir partir, de quitter un travail et un lieu qui me convenait avec des conditions de travail avantageuses. Pourquoi devrais-je tout perdre alors que je n'ai rien fait de mal ? Pourquoi abandonner ce que j'ai patiemment acquis et construit en toute honnêteté ?
Je ne voulais pas céder. Je ne voulais pas qu'il gagne la partie. J'aurai trouvé ça immoral.
La solution qu'on m'a proposé était gagnant-gagnant, j'ai sauté sur l'occasion.

C'est très difficile de prouver le harcèlement d'un pervers. Tout est oral. Les collègues, quand ils sont enfin conscients que son comportement est anormal, ne veulent pas témoigner par peur des conséquences. Difficile de briser la loi du silence. 

Alors j'ai imprimé les plannings avant qu’Is ne changent, j'ai appris que les comptes rendus d'activités ne servaient pas qu'à me fliquer, ils m'ont aussi servi à me défendre et avoir des preuves ... Toutes les armes sont à double tranchant.

J'ai mis plus de temps à comprendre qu'il faut reformuler par écrit (par mail) les ordres oraux, une forme d'accusé de réception pour se couvrir. J'ai appris à ouvrir mon parapluie.

J'ai appris à "jouer au con" pour l'obliger à clarifier ses ordres. Il a bien compris mon manège : "Ne te fais pas plus bête que tu ne l'es." mais il était bien obligé de rendre son discours moins flou.

J'ai appris l'hypocrisie qui protège quand la franchise ne sert à rien qu'à se faire du mal.

J'ai fini par lui citer Coluche : "On nous prend pour des cons et on voudrait qu'on soit intelligent. Mais comment qu'on ferait alors ?" mais je lui parlais d'une autre personne ...

Une de mes plus grandes fiertés est qu'un jour lui a échappé cette phrase «Je n’y arrive pas avec toi ».
Dommage qu'il ait essayé ...

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25 mars 2017

Passage d'un pervers narcissique dans ma vie professionnelle - 3ième partie - suite

Le nouveau chef (celui des bévues) a donné une autre orientation à sa carrière ; il est devenu restaurateur.

Le petit vizir assurait l'intérim. Et il a repris ses mauvaises habitudes de dénigrement.
Un jour, il m'avait demandé de faire une estimation de charge, c'est à dire d'estimer combien de temps je pensais mettre pour réaliser un travail. J'imagine que c'est très délicat dans tous les métiers. J'avais donné mon chiffre en toute honnêteté. Il m'a convoqué dans son bureau avec un collègue prestataire (d'une autre entreprise), pour me dire (devant témoin donc) que j'avais gonflé artificiellement les chiffres parce que je voulais me la couler douce et ne rien faire ! Sur le coup, je n'ai pas quoi su répondre à part que c'était faux.
Mon mari qui m'a toujours soutenu, m'a convaincu de retourner le voir le lendemain matin pour lui dire ce que je pensais. Ce que j'ai fait. Il parait qu'on m'a entendu éléver la voix depuis le bureau d'à côté, ce qui est un exploit vu ma petite voix.
Je lui ai dit texto "Qu'est-ce que tu cherches à faire ? Tu veux ma démission ?" Ca l'a calmé pour quelques temps.

Tous mes collègues pensaient que j'allais remplacer le chef partant. Mais ça voulait dire travailler en étroite collaboration avec le petit vizir. J'ai attendu, mais personne ne m'a fait de propositions. Je ne me sentais pas en position de négocier. Alors j'ai pris mon courage à deux mains et je suis allée voir le grand chef. Je lui ai demandé ce qu'il comptait faire. Mais je lui ai dit que le vizir était "ODIEUX" avec moi, que je ne voulais plus travailler avec lui. Le grand chef a embauché une crème de chef qui faisait tampon pour moi. Au bout de quelques temps, lui aussi en avait assez qu'on le prenne pour un con. Mais nous avons passé quelques années dans une saine et bonne ambiance de travail.

Quand j'y repense, ce qu'il aimait le moins, ce dont il m'en voulait le plus, c'était d'être privé de son jouet (moi). Comme le montre son comportement à la veille d'une opération chirurgicale que je devais subir. Il est entré dans le bureau et son langage non verbal disait "je vais te frapper", alors qu'il prononçait doucement "pourquoi tu ne veux pas t'occuper de ce dossier ?" J'ai réagi au premier langage et crié "parce que demain je pars me faire opérer et je ne pourrais pas suivre le dossier jusqu'au bout". Sa réponse "Mais pourquoi tu m'aggresses ?" était d'une mauvaise fois ! D'après le conférencier que je citais dans la 1ière partie, c'est aussi une des armes du pervers pour déstabiliser la proie ...

A cette époque, j'avais un sentiment de castration. Comme s'il voulait bloquer ma créativité. Et ça doit être ça car en me relisant, je me rends compte que j'ai fait preuve d'une belle créativité pour lui échapper.

J'ai appris à être irréprochable sur les horaires, sur les rapports d'activités ... Je notais et stockais tout devinant qu'il m’attendait au tournant.

J'ai appris l'hypocrisie malgré mon caractère entier, pour mettre de l'huile dans mes relations avec la vizirette. Juste un peu d'hypocrisie pour éviter les conflits ... Mais je n'en pensais pas moins, bien-sûr. Et finalement, moi qui avait horreur de l'hypocrisie, j'ai appris à la doser et à apprécier l'appaisement qu'elle apporte, comme une forme de politesse. Et peu importe si parfois mes remarques n'étaient pas tout à fait honnêtes, c'est ce qu'ils voulaient entendre et ça ne portait pas à conséquence.

Je me défoulais sur des petits carnets entre midi et deux et le soir ou la nuit. Je notais ses actions, ce qu'elles provoquaient en moi, pourquoi je n'étais pas d'accord. Je notais les phrases qu'il prononçait. Et je voyais bien qu'il était toxique, même si je n'avais pas encore rencontrer le mot de pervers narcissique. On commençait juste à condamner le harcelement moral avec des scandales comme ceux de France Télécom ...

 

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24 mars 2017

Passage d'un pervers narcissique dans ma vie professionnelle - 2ième partie - suite

J'ai passé 11 ans dans le même service, dont une partie sous ses ordres. Je vais devoir résumer cette longue phase ...

Isolement et dénigrement 

Il a dressé ma collègue contre moi, une nana jalouse qui est passée sous son emprise (c'est mon analyse d'aujourd'hui. A l'époque, je la trouvait simplement conne - désolée, je ne trouve pas d'autres termes).

Au début, j'avais l'impression qu'il jouait aux échecs contre moi, ou plutôt au chat et à la souris. Devinez qui était la souris ...

J'essayais de lui glisser entre les doigts, d'éviter de me retrouver dans une impasse (le roseau plie mais ne rompt pas me répétait mon père ...).

Il y a eu une période au début où je devais être sous emprise. Je me sentais nulle, lente, seule .... Je mangeais encore avec mes collègues dont la vizirette parce que je ne voulais pas manger seule et je subissais leurs sarcasmes : je mangeais trop lentement ...

Le seul moment joyeux était mon cours de danse. Je redevenais quelqu'un de fréquentable, normale, aimable et appréciée. Ma bouffée d'oxygène qui me rattachait à la vie et à moi-même. Heureusement !

Puis j'ai décidé de profiter du centre commercial tout proche plutôt que de la compagnie sous influence de mes collègues. Ces années-là, mes cadeaux de noël étaient choisis avec un soin très particulier ...

Et puis je me suis mariée et j'ai eu des enfants ... Ma vie s'est recentrée différemment. Pas étonnant qu'il n'ait pas apprécié ! Et qu'il m’ait mis au placard. J'y reviendrai.

Sous prétexte d'émulation et de compétitions, il a instauré des coefficients de productivité. Comme j'aime le travail bien fait (qui génère moins de correction par la suite, donc rentable à plus ou moins long terme), j'étais cataloguée lente. Et il me demandait de réfléchir pourquoi "T'es si lente ?" et je cherchais ... bêtement, au lieu de remettre en question son comportement.

Il me demandait "Et à ton avis, pourquoi ça se passe mal avec V. (la vizirette) ?" Et moi je cherchais des explications simples : elle fait un régime, mon bureau lui tourne le dos ... Et il repartait tout content. Aujourd'hui, j'aurais envie de lui dire "parce que tu la manipule, connard !"

Mais j'étais très vigilante de ne pas l'insulter car les conséquences auraient pu être graves. J'ai quand même été jusqu'à lui dire "- c'est con ce que tu dis.
- Quoi ! Tu me traite de con ? Attention !
- Mais non ! Je ne dis pas que tu es con. Je ne me permettrais pas. Je dis que c'est con ce que tu dis parce que ...."
(là, je n'étais déjà plus sous emprise ...)

Il n'avait aucun respect pour le temps des autres. "Tu passes me voir dans 5 min" signifiait dans 45 min d'après mes statistiques perso. Un coefficient 9 pour ce petit vizir, c'est beaucoup !
Alors quand il m'a demandé une fois de plus de passer le voir 5 min avant l'heure de partir, je lui ai répondu que je serai partie d'ici là. Il a été vexé comme un pou d'apprendre son coefficient mais bizarrement les coefficients de productivité ont été oubliés peu après ...

Chaque entretien annuel était l'occasion de plus de me rabaisser. À l'entendre j'étais nulle. Je m'habillais mal, trop classique. Je ne savais pas me tenir informer des dernières rumeurs ...Il en savait tellement plus que moi ! D'ailleurs, je n'avais jamais aucune prime ni augmentation. Alors que ma rivale si ! Comme je l'ai découvert plus tard.

Au lieu de m'isoler, j'ai développé plus de relations avec les autres services pour être à mon tour informer des différents rachats de l'entreprise. Je me suis rapprochée du plus "lent" ou consciencieux de mes collègues.

A la suite de mon premier congé maternité, il m'a mis au placard. Mes collègues travaillaient sur de nouvelles technologies que j'aurai appris plus vite grâce à mon bagage universitaire. Si j'en suis aussi sûre, c'est que les cours de formations se déroulaient dans notre grand bureau. Bonjour l'effort de concentration que ça me demandait pour travailler sur la maintenance quotidienne ! Je pense que le but était à la fois de bien me faire sentir ma mise à l'écart et de m'écraser. C'est plutôt le contraire qui se produisait car je voyais bien que j'en savais plus que mes collèges sur les moteurs d'inférence et autres aspects techniques.

Au bout de quelques mois (de placard), J'ai dû venir en réunion un mercredi (j'avais pris un congé parental partiel. Ca coupait ma semaine et ça me donnait un peu d'air) ... pour apprendre que je changeais de chef. Personne ne m'en avait averti avant !
Le grand chef m'a annoncé que c'était la dernière chance pour cet autre chef qui avait commis quelques bévues. Et qu'il comptait sur moi pour que tout se passe bien. J'étais tellement contente de ne plus être à la merci du petit vizir que je n'ai pas pensé à demander une contre partie financière à cette mission ...
Le petit vizir s'attendait à ce que je reste à ses ordres, fidèle. Il a été très déçu, et me l'a bien fait sentir. Comme la fois où j'avais 40°C de fièvre. J'ai appelé le médecin, plié mes affaires et prévenu mon nouveau chef. Il est entré dans le bureau très en colère et m'a engueulé comme du poisson pourri. Quand il est sorti, un collègue m'a dit qu'il exagèrait. Je me suis écroulée en larme mais pas devant le petit vizir !

Il faisait tout pour me mettre en colère, mais il n'est jamais arrivé à me faire sortir de mes gonds en sa présence. Heureusement pour moi, j'ai une certaine inertie et beaucoup de patience ... C'est l'avantage d'avoir de l'inertie (et ou d'être lente ;-) Il n'a pas réussi à me faire passer pour une colérique, juste pour une entêtée avec son petit carafon. Et encore, même pas sûre que c'est ce que pensent mes collègues. Et pourtant il a essayé souvent de me faire sortir de mes gonds.

Les correspondants des autres services me disaient : comme vous avez de la chance d'avoir un chef comme lui .... S'ils avaient su ! Impossible de leur dire, je serai passé pour une ingrate et un ronchon.

Oui, c'est une des techniques du pervers : te faire passer pour la méchante et lui le gentil. Il te pousse à bout pour que tu t'énerve et que tu passes pour une personne caractérielle, instable, asociale, ingérable ... Comme ça, il n'a même pas besoin de te faire honte. Les autres s'en chargent pour lui.

Je me suis demandé parfois s'il se rendait compte du mal qu'il faisait, si c'était volontaire. La réponse est oui, comme le prouve ce comportement. Une jeune femme était au même niveau hiérarchique que lui . Et dès qu'il trouvait le moindre prétexte, il disait "Je vais me la faire". Et il la pourrissait au téléphone (elle était basée dans une autre ville). Il décidait à l'avance qu'il allait lui crier dessus. Ce n'est pas du tout pareil que de s'énerver au cours d'une conversation !
Elle a fini par donner sa démission. Je ne sais pas s'il y avait d'autres raisons, mais fuir des personnes aussi toxiques est la meilleure solution.

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23 mars 2017

Passage d'un pervers narcissique dans ma vie professionnelle - 1ière partie - début

Je voudrais vous parler des 11 ans de ma vie où j'ai résisté à un pervers narcissique. Non, je ne vous parle pas d'antipathie, ni de harcelement à la petite semaine pour se venger d'un coup de poing mal placé, ni de manipulation par jalousie amoureuse, ni de pression pour me faire démissionner. Ca, je l'ai vécu malheureusement, mais ce n'était pas des comportements de pervers nacissiques. Le but était clair. J'ai su rapidement à quoi m'en tenir. Ce n'est pas le cas avec un pervers.

Pourquoi raconter ce long épisode de ma vie ?

- Pour vous mettre en garde contre ces serpents vicieux que sont les pervers narcissiques, parce qu'un homme / femme avertie en vaut deux. Ca peut vous servir.

- Parce que peu de personnes ont compris ce que je vivais. On cherche toujours des excuses et des explications qui correspondent à un fonctionnement de gens normaux que nous sommes.

- Parce qu'aujourd'hui j'ai envie de faire le tri et de déposer certaines valises ici pour les oublier. Non, je sais "on oublie rien de rien" (cf Brel). Pour me décharger plutôt. Et c'est du lourd, trop lourd pour mon foie qui stocke tout. Parce que cette souffrance, ces agressions répétées et subies ont certainement laissé des traces dont j'ignore la profondeur et peut-être favorisé mes cancers.

- Parce que l'omerta (la loi du silence) favorise les pervers. Qu'on se le dise !

  

Les étapes du pervers (d'après une conférence à laquelle j'ai assisté le mois dernier)
- collusion (faire croire que "je suis comme toi")
- séduction 
- isolement 
- destruction (pousser au suicide après avoir détruit toute sa vie professionnelle, sociale et amoureuse)

Pourquoi le pervers se comporte ainsi ? Il n'a pas d'affects : il ne ressent pas d'affection, pas d'émotion. Son plaisir est de jouer avec l'état émotionnel des autres. 

Et plus sa proie est brillante, douée ... Plus il se sent valorisé d"être capable de la manipuler ou la détruire.

Il utilise le flou pour nous faire perdre nos repères avec des petites phrases du style "Mais non, je plaisantais.",  "Ce n'est pas ce que je voulais dire.", "Tu as mal compris mes intentions."

  

J'ai retrouvé dans les explications du conférencier toutes les étapes par lesquelles je suis passée. Je vous détaille ça sur plusieurs billets, 11 ans c'est un peu long.

 

Pourquoi moi la proie ? (je ne veux pas me jeter des fleurs, juste rechercher les faits)

Une fille plus grande que lui qui a toujours souffert de sa taille !!!
La plus diplômée de cette équipe et que lui surtout.
L'air trop timide. Avais-je L'air d'une petite souris facile à écraser ?
Plus jeune que lui, c’est un fait.
Plus cultivée ? peut-être ?
Débarquant d'une expérience de 3 ans à Paris peut-être ?

Je vous raconte dans l'ordre chronologique qui correspond aux étapes du pervers.
J'appellerai "petit vizir" le pervers en question car il a toujours voulu être calife à la place du calife.
Et "Vizirette" ma rivale et néammoins collègue la plus proche dans l'organigramme de l'entreprise. Elle voulait être vizir à la place du vizir qui voulait être calife ...

 

Collusion (première approche)

- je peux te déposer, c’est sur mon passage.  Que penses-tu de B. ?
- Je ne l'apprécie pas parce que ....
- Ah oui. Beaucoup pensent comme toi.
J'ai appris par la suite qu'il était en négociation secrète avec B. (merci les collègues). Ma méfiance s'est réveillée en l'apprenant.

Une autre phrase m'est revenue à l'esprit beaucoup plus tard. Lors de mon embauche, le directeur a dit : "j'hésite à vous embaucher. Vous risquez de vous faire écraser."
Moi : "Non, ça va aller"

Je n'ai pas d'autres souvenirs de cette première phase. Il a dû me dire des choses comme "moi aussi, j'aime le travail bien fait."

Par contre, il cherchait déjà à m'infantiliser quand quelques mois après mon arrivée la vizirette a été embauchée, il m'a dit "Tu vas avoir une nouvelle copine" sur un ton qu'on utilise avec les enfants de 5 ans. Oui, ben non. Elle n'est jamais devenu ma copine. 

 

Séduction (les 3 ou 6 premiers mois)

Aucun souvenir. Juste une remarque de celui qui deviendra mon mari : pourtant il n’a pas la réputation d'être si cool que ça.

Je me souviens par contre du soin qu'il apportait à toujours être tiré à quatre épingles et qui nous épataient (avec mes collègues).

D'ailleurs même au téléphone, surtout au téléphone, il était charmant, obséquieux même, avec tous ses interlocuteurs même ceux qui se trompaient simplement de numéro, il pouvait passer un quart d'heure ! Pendant ce temps là, on attendait pour finir la réunion ...

 

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18 mars 2017

FOIE : Xeloda - semaine 6 : j'ai tenu les 2 semaines !

Mercredi 

Ça tangue de plus en plus. Comme sur un bateau. Je dors avec une cuvette aux pieds de mon lit.


Jeudi 

Le matin, je suis encore sur un bateau mais il ne tangue pas trop.

L'après-midi, une bonne escale même si je suis encore fatiguée mais pas vidée.

Mes pieds sont de plus en plus rouges.

 

Vendredi 

Pas de balade en mer.

Les plaques d'eczéma sous mes yeux depuis l'Afinitor ne partent pas. Je les laisse tranquilles, même si ce n'est pas joli. Ça ne me fait pas mal.

Coup de barre après le repas de midi et chute de tension.

 

Samedi 

Encore et toujours ce goût bizarre dans la bouche 

Depuis quelques jours mes ongles sont mous malgré le vernis spécial Evonail. Difficile de percer l'opercule des comprimés à prendre.

Obligée d'aller chercher ma fille au village d'à côté. Arrivée à destination, je vois flou. Je fais une pause et je rentre au ralenti dans les petits chemins.

Dimanche

En fin d'après-midi, gros coup de mou. Il faut dire que je n'ai pas fait de sieste.

Victoire ! J'ai tenu les 14 jours de Xeloda !

Petit bilan : J'ai l'impression que le Xeloda bloque l'appétit et que l'antidépresseur Norset le débloque.

Les compléments alimentaires à boire m'ont permis de trouver assez de force pour tenir tant bien que mal les 14 jours.

J'ai moins pensé à la mort, même si j'ai laissé échapper des "Faites comme si j'étais morte, laissez moi vivre !" quand mon mari ou mon fils se plaignaient de ne jamais rien pouvoir faire avec moi. Ben non, cette année encore je ne ferai pas de ski. Ca ne me manque pas (j'aurai préféré avoir la force de faire les soldes ...) mais ça n 'empêche personne d'y aller sans moi.

Et j'ai fini par dire à mon fils : "Ca fait une demi heure que tu me parles. J'étouffe, je n'en peux plus. Laisse moi respirer pendant une heure. Mais au fait, comment tu fais pour respirer en parlant ?"

Lundi 

Doucement surtout dans les jambes.

Je marche sur le chemin. Ma tête tourne ...

 

Mardi 

Je conduis jusqu'à la gare. Tout va bien, ma vision n'est pas floue.

Je mange avant la foule au centre commercial. Tout va bien. Je prends le métro. Pas de soucis avec le mal des transports. Ouf !

Rdv en retard, mais très positif. Le psy me félicite d'avoir su m'adapter à ce traitement en le prenant le soir au lieu du matin et en dosant selon mon resenti. Tout ce positif, ça fait du bien. J'ai beau être un puits de patience (mais pas un puits de sagesse ni un puits de science), dans tous les puits il y a un fond que j'ai atteint en ne pouvant plus manger. Mais il suffit d'apporter de l'eau au moulin (des paroles positives, de la nourriture, du réconfort, des raisons d'espérer ...) pour que le puits se remplisse à nouveau.

Je vais discuter avec notre rayon de soleil de l'espace rencontre et informations. Je glane quelques infos notamment sur "l'éducation thérapeutique". Après 5 ans de maladie, ai-je besoin d'être éduquée ? Le terme me semble mal choisi.

Elle m'informe que les bénévoles d'espoir cancer sont là. Je passe les voir. Là, je commence à vraiment fatiguer.

Je pars prendre mon train que je loupe de 2 min. En attendant le suivant, j'achète des magazines. Vivement que je m'assois ! Le train est à l'heure et je trouve une place assise. Ouf ! Il était temps. Je n'ai pas été très raisonnable. J'ai testé les limites de ma fatigue. Mais je suis contente d'avoir pu être autonome et libre. Libre ! Libre de mes mouvements, de mon rythme, de mon emploi du temps, de mes détours ...

J'apprécie énormément les chauffeurs de taxi qui me véhiculent quand je ne peux plus me déplacer seule. Mais la liberté est bien plus appréciable !

Et je ne suis vraiment pas tentée d'abuser des bons de transport pris en charge par la sécu.
 

Mercredi 

Je fais deux aller retours à la petite ville d'à côté et je marche en ville. J'ai l'impression de revivre et aussi de tester les limites de ma fatigue. Entre les deux, j'ai besoin d'un long temps calme ...

J'ai des courbatures de ma " folle " journée d'hier. C'est pourtant ce que font quotidiennement des milliers de rurbains qui transitent par la même gare + leur journée de travail ... C'est ce que je faisais pendant 11 ans.

Je profite de tenir debout pour organiser des restos avec les copines et prendre rdv chez le coiffeur pour me bichonner ... Parce que moi aussi je le vaux bien.

 

Posté par lamocheteuse à 10:11 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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16 mars 2017

FOIE : Xeloda - semaine 5

Mardi 

Fatiguée surtout le matin mais avec de l'appétit.

J'arrive à faire des petites courses en soirée.

 

Mercredi 

Impossible d'aller au marché, ma tête tourne.

Je m'endors à table le midi. Ça « agouille » comme diraient les anciens bressans, autrement dit en français : rien ne me semble gouleyant, j'ai du mal à avaler. Je me force à manger la moitié d'une grosse poire comice. Elle menace de ressortir.

J'ai suivi les conseils du médecin. J'ai acheté un appareil pour prendre ma tension.

Après le repas ma tension est à 16/10. C'est beaucoup pour moi qui tourne à 12/9 normalement.

J'ai froid.

Couchée après la sieste à 15h 12,5/7,5

Après la séance de Wii 14/9

 

Jeudi 

Au réveil ma tête tourne surtout ne pas tourner les yeux trop vite ...

Après la sieste 15,6/9,5. 2ème mesure 13.9/9,0. Je ne sais pas trop me servir de cet appareil !

Mal à la gorge qui disparait en buvant ou mangeant.

Je commence les compléments alimentaires. Ca se présente comme un soda, mais au goût on dirait un jus de fruis mélangé avec du petit lait. C'est assez écoeurant. Avec un gateau, ça passe mieux. On a bien dit qu'il fallait absolument que je mange, alors j'ai droit à tous les gateaux que je veux en dehors des repas ... pour une fois !

 

Vendredi 

Au lever encore la tête qui tourne. Et le nerf optique droit qui tire.  Un souvenir d'Afinitor ? Il y a surement un lien. 

Heureusement ça disparait dans la matinée.

Après la douche (un exploit pour un 6ième jour) 14,8/9,5 et un pouls à 72

Je décide d'une nouvelle règle pour les enfants. Mon fils est de service le samedi et la grande le dimanche. J'espère avoir un peu plus d'aide.

 

Samedi 

Impossible de dormir avant 2h30 du matin. Constipée ...

Au réveil, je ne suis pas très stable.

Mes pieds recommencent à être rouge et me grattent. 3ième couche de crème ...

Je reste couchée presque toute la journée

Je mange. Mais mon transit est ralenti. Je prends du Crab apple ...

Après 19 min de Wii calme, ma tension est à 14,2/10,1 et pouls de 72.

 

Lundi 

Avant petit déjeuner 14,4/9,9 et 68

Il faut une heure pour que mes yeux ou plutôt mon nerf optique retrouve sa place ou sa souplesse.

 

Mardi 

Pas d'électricité depuis presque 24 h.

Je reste au chaud sous ma couette toute la matinée comme d'habitude. La température descend à 15,9 °C

Je vais devoir faire le tri dans le frigo et le congel. Ca me stresse.

Gros coup de mou le reste de la journée. Fatigue due au froid ?

Heureusement l'électricité et le chauffage reviennent à 12h30.

Le soir, des remontées acides m'empêchent de m'endormir.

 

Mercredi 

Dès que je mange de la margarine, mon corps dit non : alerte ! Risque de remontées acides.

Très grosses fatigues toute la journée. Je me traine du canapé au lit et du lit au fauteuil ... Comme "Les vieux" de Jacques Brel : les vieux

Il reste 3 jours de Xeloda … Je suis sur la bonne voie !

Posté par lamocheteuse à 11:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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