Je voudrais vous parler des 11 ans de ma vie où j'ai résisté à un pervers narcissique. Non, je ne vous parle pas d'antipathie, ni de harcelement à la petite semaine pour se venger d'un coup de poing mal placé, ni de manipulation par jalousie amoureuse, ni de pression pour me faire démissionner. Ca, je l'ai vécu malheureusement, mais ce n'était pas des comportements de pervers nacissiques. Le but était clair. J'ai su rapidement à quoi m'en tenir. Ce n'est pas le cas avec un pervers.

Pourquoi raconter ce long épisode de ma vie ?

- Pour vous mettre en garde contre ces serpents vicieux que sont les pervers narcissiques, parce qu'un homme / femme avertie en vaut deux. Ca peut vous servir.

- Parce que peu de personnes ont compris ce que je vivais. On cherche toujours des excuses et des explications qui correspondent à un fonctionnement de gens normaux que nous sommes.

- Parce qu'aujourd'hui j'ai envie de faire le tri et de déposer certaines valises ici pour les oublier. Non, je sais "on oublie rien de rien" (cf Brel). Pour me décharger plutôt. Et c'est du lourd, trop lourd pour mon foie qui stocke tout. Parce que cette souffrance, ces agressions répétées et subies ont certainement laissé des traces dont j'ignore la profondeur et peut-être favorisé mes cancers.

- Parce que l'omerta (la loi du silence) favorise les pervers. Qu'on se le dise !

  

Les étapes du pervers (d'après une conférence à laquelle j'ai assisté le mois dernier)
- collusion (faire croire que "je suis comme toi")
- séduction 
- isolement 
- destruction (pousser au suicide après avoir détruit toute sa vie professionnelle, sociale et amoureuse)

Pourquoi le pervers se comporte ainsi ? Il n'a pas d'affects : il ne ressent pas d'affection, pas d'émotion. Son plaisir est de jouer avec l'état émotionnel des autres. 

Et plus sa proie est brillante, douée ... Plus il se sent valorisé d"être capable de la manipuler ou la détruire.

Il utilise le flou pour nous faire perdre nos repères avec des petites phrases du style "Mais non, je plaisantais.",  "Ce n'est pas ce que je voulais dire.", "Tu as mal compris mes intentions."

  

J'ai retrouvé dans les explications du conférencier toutes les étapes par lesquelles je suis passée. Je vous détaille ça sur plusieurs billets, 11 ans c'est un peu long.

 

Pourquoi moi la proie ? (je ne veux pas me jeter des fleurs, juste rechercher les faits)

Une fille plus grande que lui qui a toujours souffert de sa taille !!!
La plus diplômée de cette équipe et que lui surtout.
L'air trop timide. Avais-je L'air d'une petite souris facile à écraser ?
Plus jeune que lui, c’est un fait.
Plus cultivée ? peut-être ?
Débarquant d'une expérience de 3 ans à Paris peut-être ?

Je vous raconte dans l'ordre chronologique qui correspond aux étapes du pervers.
J'appellerai "petit vizir" le pervers en question car il a toujours voulu être calife à la place du calife.
Et "Vizirette" ma rivale et néammoins collègue la plus proche dans l'organigramme de l'entreprise. Elle voulait être vizir à la place du vizir qui voulait être calife ...

 

Collusion (première approche)

- je peux te déposer, c’est sur mon passage.  Que penses-tu de B. ?
- Je ne l'apprécie pas parce que ....
- Ah oui. Beaucoup pensent comme toi.
J'ai appris par la suite qu'il était en négociation secrète avec B. (merci les collègues). Ma méfiance s'est réveillée en l'apprenant.

Une autre phrase m'est revenue à l'esprit beaucoup plus tard. Lors de mon embauche, le directeur a dit : "j'hésite à vous embaucher. Vous risquez de vous faire écraser."
Moi : "Non, ça va aller"

Je n'ai pas d'autres souvenirs de cette première phase. Il a dû me dire des choses comme "moi aussi, j'aime le travail bien fait."

Par contre, il cherchait déjà à m'infantiliser quand quelques mois après mon arrivée la vizirette a été embauchée, il m'a dit "Tu vas avoir une nouvelle copine" sur un ton qu'on utilise avec les enfants de 5 ans. Oui, ben non. Elle n'est jamais devenu ma copine. 

 

Séduction (les 3 ou 6 premiers mois)

Aucun souvenir. Juste une remarque de celui qui deviendra mon mari : pourtant il n’a pas la réputation d'être si cool que ça.

Je me souviens par contre du soin qu'il apportait à toujours être tiré à quatre épingles et qui nous épataient (avec mes collègues).

D'ailleurs même au téléphone, surtout au téléphone, il était charmant, obséquieux même, avec tous ses interlocuteurs même ceux qui se trompaient simplement de numéro, il pouvait passer un quart d'heure ! Pendant ce temps là, on attendait pour finir la réunion ...